Depuis près de vingt ans, avec beaucoup d'autres femmes et très peu d'hommes, j'ai participé à de nombreuses initiatives pour dénoncer les violences des hommes sur les femmes : appels solennels, campagnes de presse, pétitions, émissions, colloques, séminaires, publication de revues, d'articles, de livres.
Au terme de ce bilan, si nous avons pu obtenir de notables succès, le résultat est cependant globalement négatif quant à la simple reconnaissance de la réalité de ces violences.
J'ai donc pensé que, peut être, simplement, faudrait-il décrire ces violences telles qu'elles se manifestent.
Pour ce faire, j'ai décidé, en utilisant mes archives de presse, de citer les moyens utilisés par ces hommes pour violer, frapper, tuer, torturer, prostituer, assassiner, contraindre au suicide.
Dans un deuxième temps, j'ai décidé, en utilisant les archives du Collectif féministe contre le viol, de transmettre - pour celles qui ne sont pas décédées - la parole des victimes 1.
Je précise que dans les deux cas de figure, je n'ai utilisé qu'une très faible partie de mes archives comme de celles des associations, lesquelles, elles-mêmes, ne recouvrent qu'une très faible partie de la réalité et de la gravité de ces violences.
Je voudrais à cet égard auparavant faire une comparaison avec le racisme.
En France, chacun-e sait qu'un crime commis par un blanc sur une personne d'une autre couleur de peau ou d'une autre origine n'est pas toujours raciste.
Mais, à tout le moins, la question est posée.
Et la réponse - dont il est parfois tenu compte - souvent confirmée.
En tout état de cause, le racisme est une donne politique, et est présentée, à juste titre, comme une avancée progressiste, pour la défense de laquelle on doit toujours se battre.
Il en est tout autrement concernant les violences des hommes sur les femmes.
Surtout en France qui ne se proclame pas impunément « la patrie des droits de l'Homme ».
En France, on peut publier des livres, écrire des articles, chanter des chansons qui provoquent, justifient, légitiment, glorifient cette violence, exacerbent la haine des femmes et sont ouvertement antiféministes, sans problème. C'est même souvent un moyen privilégié de promotion individuelle.
Quant à « la liberté d'expression », telle qu'elle est actuellement mise en œuvre, elle garantit aux propriétaires de presse le droit d'occulter, de censurer, de travestir, de caricaturer, de faire violence aux femmes et aux féministes, tout en leur (nous) interdisant de les dénoncer. Ainsi, nous n'avons pas de recours juridique pour dénoncer les apologies de la violence que propage par millions d'exemplaires, chaque semaine, la presse pornographique. Et alors que les femmes et les féministes n'ont globalement pas d'accès aux médias - et lorsque c'est le cas, si tard, si peu et si mal - ce sont elles qui, sans crainte du ridicule, sont accusées d'être les actrices de la « censure ».
En France, on peut être ministre et avoir battu sa femme.
En France, on peut proposer une vision complètement tronquée de l'histoire, de l'histoire des sciences, de l'art, de la littérature, de la politique, du droit, qui occulte l'apport des femmes et des féministes, évacue la question de leur silence, fait l'impasse sur la domination masculine sans que ce mensonge - fondateur de toute société - ne dérange la communauté scientifique, le monde politique, la presse, les intellectuel-les.
En France, on peut publier des centaines d'articles et de livres sur Sade en évacuant la question de la justification des violences à l'encontre des femmes.
En France, on peut publier des tonnes de livres sur le socialisme, sans même évoquer les écrits du « père du socialisme français », Proudhon, qui avait ainsi formellement cru bon de préciser les six circonstances qui justifiaient le meurtre des femmes : « Cas où le mari peut tuer sa femme, selon la rigueur de la justice paternelle : 1-adultère ; 2-impudicité ; 3-trahison ; 4-ivrognerie et débauche ; 5-dilapidation et vol ; 6-insubordination obstinée, impérieuse, méprisante » Seulement en 1945, le droit de vie ou de mort du patriarche sur ses enfants a été retiré.
En France, on peut intituler un groupe musical NTM (Nique Ta Mère) sans que la question de la justification des violences à l'encontre des femmes - ici, des mères - ne soient, à quelques rares exceptions près, là encore, dénoncées par l'establishment politique et intellectuel.
Chacun-e peut continuer ce simple constat...
Ce qui est sûr, c'est que l'injonction de « rire de tout » et de « ne pas avoir le sens de l'humour » qui est faite aux femmes et aux féministes, de ne pas être à même de situer le niveau de la critique (le fameux « second, troisième degré ») nous prend pour des imbéciles et relève de l'intimidation. Ces injonctions ont pour fonction de nous empêcher de critiquer ceux qui nous humilient, nous ridiculisent, nous injurient et nous violentent, de nous empêcher de penser, de nous faire taire.
Et ainsi de perpétuer le bon droit des hommes à nous humilier, nous ridiculiser, nous injurier, nous violenter.
Bref à maintenir la domination masculine et tous les privilèges politiques, économiques, sexuels, symboliques, qui lui sont attachés. Et dont chaque homme bénéficie.
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En tout état de cause, ce qui est sûr, c'est que si on ne riait pas, on entendrait beaucoup de hurlements.
(1) Il s'agit des archives d'une année du Collectif Féministe Contre le Viol. Qu'il soit ici remercié.
(2) Proudhon, De la pornocratie ou les femmes dans les temps modernes, Paris, 1875, p.437.
MarieVictoireLouis.net
Sociologue et
chercheuse féministe, Marie-Victoire Louis est chargée de recherche au CNRS (centre d'analyse et d'intervention sociologiques) et fondatrice de l'AVFT (Association Européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail).
Lisez ça ça fait peur, le gouvernement met en place la psychiatrisation et le fichage des enfants de 3 ans, paru dans le vendée matin du 22 mai 2007 g téléphoné a vendée matin, ce projet est bien mis en place au niveau départemental, allez signer la pétition
