Violences des hommes contre les femmes Introduction


Depuis près de vingt ans, avec beaucoup d'autres femmes et très peu d'hommes, j'ai participé à de nombreuses initiatives pour dénoncer les violences des hommes sur les femmes : appels solennels, campagnes de presse, pétitions, émissions, colloques, séminaires, publication de revues, d'articles, de livres.
Au terme de ce bilan, si nous avons pu obtenir de notables succès, le résultat est cependant globalement négatif quant à la simple reconnaissance de la réalité de ces violences.

J'ai donc pensé que, peut être, simplement, faudrait-il décrire ces violences telles qu'elles se manifestent.
Pour ce faire, j'ai décidé, en utilisant mes archives de presse, de citer les moyens utilisés par ces hommes pour violer, frapper, tuer, torturer, prostituer, assassiner, contraindre au suicide.
Dans un deuxième temps, j'ai décidé, en utilisant les archives du Collectif féministe contre le viol, de transmettre - pour celles qui ne sont pas décédées - la parole des victimes 1.
Je précise que dans les deux cas de figure, je n'ai utilisé qu'une très faible partie de mes archives comme de celles des associations, lesquelles, elles-mêmes, ne recouvrent qu'une très faible partie de la réalité et de la gravité de ces violences.

Je voudrais à cet égard auparavant faire une comparaison avec le racisme.
En France, chacun-e sait qu'un crime commis par un blanc sur une personne d'une autre couleur de peau ou d'une autre origine n'est pas toujours raciste.
Mais, à tout le moins, la question est posée.
Et la réponse - dont il est parfois tenu compte - souvent confirmée.
En tout état de cause, le racisme est une donne politique, et est présentée, à juste titre, comme une avancée progressiste, pour la défense de laquelle on doit toujours se battre.

Il en est tout autrement concernant les violences des hommes sur les femmes.
Surtout en France qui ne se proclame pas impunément « la patrie des droits de l'Homme ».
En France, on peut publier des livres, écrire des articles, chanter des chansons qui provoquent, justifient, légitiment, glorifient cette violence, exacerbent la haine des femmes et sont ouvertement antiféministes, sans problème. C'est même souvent un moyen privilégié de promotion individuelle.
Quant à « la liberté d'expression », telle qu'elle est actuellement mise en œuvre, elle garantit aux propriétaires de presse le droit d'occulter, de censurer, de travestir, de caricaturer, de faire violence aux femmes et aux féministes, tout en leur (nous) interdisant de les dénoncer. Ainsi, nous n'avons pas de recours juridique pour dénoncer les apologies de la violence que propage par millions d'exemplaires, chaque semaine, la presse pornographique. Et alors que les femmes et les féministes n'ont globalement pas d'accès aux médias - et lorsque c'est le cas, si tard, si peu et si mal - ce sont elles qui, sans crainte du ridicule, sont accusées d'être les actrices de la « censure ».
En France, on peut être ministre et avoir battu sa femme.
En France, on peut proposer une vision complètement tronquée de l'histoire, de l'histoire des sciences, de l'art, de la littérature, de la politique, du droit, qui occulte l'apport des femmes et des féministes, évacue la question de leur silence, fait l'impasse sur la domination masculine sans que ce mensonge - fondateur de toute société - ne dérange la communauté scientifique, le monde politique, la presse, les intellectuel-les.
En France, on peut publier des centaines d'articles et de livres sur Sade en évacuant la question de la justification des violences à l'encontre des femmes.
En France, on peut publier des tonnes de livres sur le socialisme, sans même évoquer les écrits du « père du socialisme français », Proudhon, qui avait ainsi formellement cru bon de préciser les six circonstances qui justifiaient le meurtre des femmes : « Cas où le mari peut tuer sa femme, selon la rigueur de la justice paternelle : 1-adultère ; 2-impudicité ; 3-trahison ; 4-ivrognerie et débauche ; 5-dilapidation et vol ; 6-insubordination obstinée, impérieuse, méprisante » Seulement en 1945, le droit de vie ou de mort du patriarche sur ses enfants a été retiré.
En France, on peut intituler un groupe musical NTM (Nique Ta Mère) sans que la question de la justification des violences à l'encontre des femmes - ici, des mères - ne soient, à quelques rares exceptions près, là encore, dénoncées par l'establishment politique et intellectuel.
Chacun-e peut continuer ce simple constat...

Ce qui est sûr, c'est que l'injonction de « rire de tout » et de « ne pas avoir le sens de l'humour » qui est faite aux femmes et aux féministes, de ne pas être à même de situer le niveau de la critique (le fameux « second, troisième degré ») nous prend pour des imbéciles et relève de l'intimidation. Ces injonctions ont pour fonction de nous empêcher de critiquer ceux qui nous humilient, nous ridiculisent, nous injurient et nous violentent, de nous empêcher de penser, de nous faire taire.
Et ainsi de perpétuer le bon droit des hommes à nous humilier, nous ridiculiser, nous injurier, nous violenter.
Bref à maintenir la domination masculine et tous les privilèges politiques, économiques, sexuels, symboliques, qui lui sont attachés. Et dont chaque homme bénéficie.

*
En tout état de cause, ce qui est sûr, c'est que si on ne riait pas, on entendrait beaucoup de hurlements.

(1) Il s'agit des archives d'une année du Collectif Féministe Contre le Viol. Qu'il soit ici remercié.

(2) Proudhon, De la pornocratie ou les femmes dans les temps modernes, Paris, 1875, p.437.

MarieVictoireLouis.net
Sociologue et
chercheuse féministe, Marie-Victoire Louis est chargée de recherche au CNRS (centre d'analyse et d'intervention sociologiques) et fondatrice de l'AVFT (Association Européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail).


Lisez ça ça fait peur, le gouvernement met en place la psychiatrisation et le fichage des enfants de 3 ans, paru dans le vendée matin du 22 mai 2007 g téléphoné a vendée matin, ce projet est bien mis en place au niveau départemental, allez signer la pétition



# Posté le vendredi 29 septembre 2006 15:17

Modifié le mercredi 25 février 2009 16:01

1- Les moyens, les outils

1- Les moyens, les outils
1 - Les moyens, les outils

Parmi les moyens employés pour violer, agresser, prostituer, frapper, torturer, tuer, j'ai relevé dans la presse 1 - lorsqu'elles étaient explicitement évoquées - les armes, les moyens, les outils pour violenter, pour tuer ces femmes 2.
Des mêmes auteurs
Marie-Victoire Louis

« À coups de fusil de chasse », « de deux décharges de chevrotine », « de trois coups de fusil de chasse », « de quatre coups de revolver », « par des tirs d'arme à feu en pleine tête », « d'un coup de fusil à pompe calibre 12 », « par une arme de petit calibre », « d'une balle de 22 magnum », « avec un pistolet à grenades », « d'un coup de revolver posé sous menton », « un pistolet braqué sur la tempe ».

« Poignardée avec un couteau de cuisine », « d'un coup de couteau planté dans le sein gauche », « poignardée à l'abdomen », « un couteau enfoncé dans le rein sur 15 à 18 centimètres », « à coups de hachette », de « onze coups de couteau », « de seize coups de couteau », « de dix-neuf coups portés par une arme blanche », « d'une vingtaine de coups de couteau », « de cinquante coups de couteau », « le visage profondément lacéré au cutter », « un couteau planté dans le dos », « à coups de ciseaux », « éventrée au sabre », « de vingt coups d'épée », « de six coups de poignards », « à coups de hachoir », « décapitée à la hache », « poignardée », « frappée de huit coups de machettes derrière le crâne puis tuée d'une balle dans la tête », « égorgée », « seins (proprement) découpés au scalpel, ainsi que l'utérus, tête et mains tranchées ».

« Le crâne fracassé par une hache et un marteau », « frappée avec des objets contondants », « avec une barre de fer », « à coups de marteau », « à coups de manche de pioche », « avec un fer à repasser », « de plusieurs coups de râteau », « avec une ponceuse et au chalumeau », « les deux jambes brisées à coups de battes de base-ball ».

« Etranglée après 48 heures de martyre », « étranglée avec un lacet, puis frappée à coups d'haltères », « étranglée avec une ceinture ».

« Etouffée », « violée et étouffée sous le poids de son agresseur », « ligotée, bâillonnée et assassinée ». « Jetée par la fenêtre du 6e étage ».

« Noyée dans un bidon d'eau ».

« Ébouillantée », « brûlée, après avoir été arrosée d'eau de Cologne », « transformée en torche vivante après avoir été aspergée d'essence », « brûlée avec de l'essence après avoir été blessée à coups de machette ».

« Blessée à coups de pierres », « rouée de coups »,
« Violée et torturée »,
« Jetée d'une voiture »,
« Assassinée puis dépecée ».

ou l'impossibilité d'etre une femme, agréssée plusieurs fois sexuellement dans son enfance, Marilyn sert de paillasse au macho di maggio puis aux Kennedy.

# Posté le vendredi 29 septembre 2006 15:22

Modifié le dimanche 07 décembre 2008 22:16

2- les symptomes cliniques de la violence des hommes

2-  les symptomes cliniques de la violence des hommes
J'ai relevé dans les archives des associations 1, et dans la presse, quelques manifestations de ces violences :

« mâchoires décrochées », « morsure », « fracture du crâne », « fractures du nez, hématomes sur tout le corps, éclats de verre dans les seins », « la tête claquée contre les murs », « le col du fémur cassé », « le tympan déchiré », « hémorragie cérébrale », « taillade faciale », « déchirure de la rétine » ; « pied écrasé », « les phalanges de trois doigts arrachés », « lèvres fendues » ; « cuir chevelu éclaté », « jambe cassée », « vertèbres dorsales et muscles abîmés », « amputée des doigts, des orteils et du nez après avoir été brûlée, par brûlure au troisième degré par aspersion d'essence », « le corps retrouvé atrocement mutilé ».

Un diagnostic décrit : « une découpe en pointillé, partant de la région entre l'urètre et le clitoris, d'une profondeur allant de trois à six centimètres, entre la muqueuse et la peau, faite comme pour enlever le vagin et vraisemblablement à l'arme blanche ».

Une petite fille de 4 ans a « une perforation et des cicatrices vaginales

# Posté le vendredi 29 septembre 2006 15:25

Modifié le dimanche 07 décembre 2008 22:13

3- Le contexte, les circonstances et les manifestations

3- Le contexte, les circonstances et les manifestations
Je poursuis, thématiquement.
Avec cette fois, les propres termes de ces femmes, quelquefois des mères qui parlent des violences faites à leurs enfants :
petite fille âgée de 5 ans et demi est contrainte « pendant une semaine de sucer le sexe du fils de sa nourrice », une autre a dû, de l'âge de 5 ans à 10 ans, « lécher le sexe de son oncle ».

Une mère raconte : « En octobre dernier, ma fille de 6 ans m'avait déjà dit des choses, je n'y avais pas fait attention. Elle ne voulait plus aller à la cantine. Il y a trois semaines, elle m'a redit qu'un garçon (de sa classe) avait mis un bâton dans son zizi et elle a redit que c'était à la cantine et quelle ne voulait plus y aller. Elle a décrit des choses qu'un enfant de son âge ne peut inventer. Je suis allée voir la directrice qui ne veut rien entendre. Je l'ai emmenée chez une psychologue. La première fois, elle a refusé de parler. La deuxième fois, elle a fait un dessin représentant des fesses avec un bâton dedans ».

Une jeune fille de 20 ans, dépressive, raconte : « J'avais 10 ans et j'allais jouer au vélo, avec d'autres enfants, chez un voisin, directeur de société (55 ans) qui avait un grand garage. Un jour, j'y suis allée seule. Il a essayé de me sodomiser, j'ai pu m'échapper, mais il m'a rattrapée, a fermé la porte et m'a obligée à le tripoter ».

Une jeune femme de 26 ans violée par son père de 13 à 18 ans raconte que son « père [qui] mettait des préservatifs » lui disait : « Je vais t'apprendre à être une femme ». Une jeune fille raconte : « Mon père a commencé par des attouchements ; c'était tous les jours. La première fois qu'il m'a violé, je me suis laissé faire. Je me disais que quand il l'aura fait, il me laisserait tranquille. Hélas, non, quand il a recommencé, comme je me débattais, il m'a rouée de coups et a réussi à me violer ». Une jeune femme de 32 ans, violée vers quatre ans par son père dit : « J'ai des éclairs de souvenirs que je ne situe pas. Je me rappelle juste qu'une fois lorsque mon père m'avait violée, j'ai eu si mal que j'ai hurlé dans la nuit. Le lendemain, mon oncle a demandé à son père “pourquoi la petite avait hurlé”. Il a répondu “qu'elle avait des cauchemars” ».

Une jeune fille de 13 ans est violée par son père qui « la pénètre avec sa langue », un autre père, lui aussi violeur, lui faisait « lui-même des piqûres pour faire revenir ses règles ».

Une jeune fille de 14 ans raconte : « L'ami de [mon] père est gynéco. Je lui avais parlé une première fois de douleurs au ventre. Depuis quelques semaines, il me demande de me déshabiller pour m'examiner. Je n'ose pas en parler à ma mère ».

Une mère raconte ce que ses filles lui ont dit : « Mes filles de 16 ans et 18 ans sont allées en Bretagne en week-end chez des cousins. Le soir, le cousin, âgé de 50 ans, a voulu réchauffer les filles qui avaient froid. Il leur a massé les pieds, leur a dit de le masser et s'est mis tout nu sur le lit. Elles ont été très effrayées. La plus jeune n'avait jamais vu d'homme nu et tremblait. Il aurait réussi à enlever la culotte de la plus jeune. Il avait eu une opération pour occlusion intestinale et avait des coutures et des tuyaux partout. Elles ont pu se sauver et se sont enfermées dans une chambre. La plus âgée a dit que si elle n'avait pas été là, la plus jeune aurait été violée. Depuis ce week-end, elle est devenue insupportable et agressive ».

Une jeune fille de 15 ans dit que « son prof d'histoire-géo lui a proposé des cours particuliers pour rattraper son retard ». Au premier cours, il l'a violée et « menacée de la tuer » si elle parlait.

L'une dit : « J'ai été violée à 16 ans par son employeur, plusieurs fois. Ma mère était pauvre, je n'osais rien dire. À la suite de ces viols, j'ai été hospitalisée et violée par un infirmier. Je me suis mariée, mais je n'ai jamais oublié ces viols ». L'autre dit : « J'ai été violentée longtemps et je suis meurtrie. J'ai été victime d'attouchements par un employé de mon père. Ça n'a jamais été reconnu. De là un comportement de victime. J'ai eu deux maris violents. J'ai divorcé deux fois ».

Une jeune fille a été violée « par une bande ». Un seul l'a pénétré. Ils ont tabassé son copain et l'ont entraînée dans les sous-sols. « Quinze personnes regardaient ».

Une jeune fille de 18 ans et demi est restée coucher après une fête chez des copains. Elle trouvait un garçon sympa. « Je n'avais pas l'intention de faire l'amour. On jouait à se faire des caresses. Il s'est foutu de ma gueule, m'a dit que j'étais une oie blanche, qu'à 18 ans, toutes les filles ont des rapports sexuels et que si on accepte des caresses, on couche. Il m'a forcée et ça a été horrible. Ce n'était pas comme ça que je voulais faire l'amour la première fois. Je n'étais pas prête ».

Une jeune algérienne, majeure, veut épouser un français. Sa famille veut la reconduire au pays pour la marier. Elle est décidée à se défendre. « Pour la punir », son frère de 23 ans l'a battue et violée. Une autre est violée, la veille de son mariage par son frère policier « qui n'acceptait pas qu'un autre homme (la) touche ».

L'une, en instance de divorce et dont le mari est « très violent » raconte : « J'ai été violée par deux hommes qui sont rentrés chez moi avec une clé ». Elle pense que « ce sont les copains de son mari ». Une autre dit : « J'avais un copain, j'en ai rencontré un autre. Pour se venger, il m'a violée ». Une dernière dit enfin : « J'ai été violée, sodomisée avec brutalité, sous la menace d'un couteau, un chiffon dans la bouche », par un homme qui a sonné chez elle, après que son ami ait été appelé au téléphone et ait quitté le domicile.

L'une raconte : « Il est rentré chez moi, malgré moi. Je ne le connaissais pas. Il a voulu m'embrasser et je ne voulais pas. Il m'a sodomisée et est rentré dans le vagin et puis il est allé se laver les mains. Il m'a volé de l'argent et il est parti ».

L'une est agressée « tous les jours depuis son mariage et régulièrement violée sous la menace d'un couteau », une autre est violée « systématiquement » par son mari : « Je veux qu'il respecte mon consentement. J'ai voulu le préserver, lui et la famille. Mais aujourd'hui, je craque ». Une troisième, enseignante de 30 ans dont le mari est ingénieur informaticien décrit : « Mon mari m'écartèle sur le lit, même quand je suis en larmes, il a ce qu'il veut. Je refuse de me faire blesser. Il me viole. Ma mère m'a dit que c'était à la femme de faire des concessions ».

Une femme de 45 ans raconte. « Je voulais aider une jeune fille de 19 ans que j'aimais bien. Celle-ci m'a demandé de coucher chez elle. Son père est rentré tard dans la nuit. Il a sauté sur sa fille et sur moi et nous a obligées à faire l'amour ensemble, puis il nous a violées toutes les deux après nous avoir battues ».

Une femme « qui pratique l'échangisme avec son mari » raconte : « On est arrivé au rendez-vous, il y avait trois personnes, trois hommes et non pas un homme et une femme. J'ai été obligée par la violence à toutes les pratiques sexuelles, y compris “anormales” par mon compagnon avec les deux autres hommes ».

Une femme mariée raconte : « J'ai été invitée à dîner par un homme. Ils sont venus à deux ». Au moment où je suis partie rejoindre sa voiture, ils lui « font des menaces de mort, sur elle, sur son mari, sur son chien et tentent d'arracher sa portière ». Ils la « poursuivent en camionnette, la rattrapent au feu rouge, l'emmènent dans une chambre d'hôtel, la ligotent et la violent ». À six heures du matin, elle parlemente pour avoir les mains libres et réussit à s'échapper.

Une femme raconte qu'elle attendait le PC à minuit, Porte-de-Charenton : « Trois hommes l'aveuglent avec une bombe lacrymogène ». Ils l'emmènent Bois de Vincennes où elle est violée dans une voiture. Une autre rentre vers une heure du matin de chez une amie. Sa voiture accidente un fourgon. Trois hommes en sortent pour faire un constat, puis ils « ont demandé des dédommagements en nature ». Ils l'ont tous les trois violée.
Une jeune fille de 21 ans, vierge, a été agressée par un inconnu, « un sadique ». Elle a subi « des trucs qu'elle n'aurait jamais imaginé de sa vie ».

Une aide-soignante à domicile « pour handicapés » raconte qu'elle travaillait chez un homme de 55 ans, handicapé moteur, père de deux fils de 25 et 20 ans, handicapés cérébraux. Elle s'occupe de la toilette du père « qui était en érection ». Les fils rentrent dans la pièce. L'un s'approche d'elle, lui « arrache sa blouse puis son slip pendant que l'autre la maintient ». Ils « la forcent à se mettre à genoux, pour qu'elle fasse une fellation au père ». Pendant ce temps, l'un « se déshabille et la sodomise ».

L'une qui « a toujours fait l'amour dans le noir » a (surtout) été « traumatisée », parce que le violeur « l'a déshabillée et a vu son corps ». Il l'a aussi « obligée à faire des choses qu'elle ne connaissait pas ».

L'une est « en sang », l'autre, violée avec une arme sur la gorge, est « sodomisée et contrainte à une fellation parce qu'elle avait ses règles », la troisième a été « déshabillée, attachée à un arbre, mordue sur les mamelons et rasée ».

L'une a été violée dans un train par trois hommes, « chacun deux fois », « devant et derrière », une autre dit que « lors d'un bizutage, (on lui a) enfoncée une carotte dans l'anus » ; une troisième dit que son patron lui « enfonçait des courgettes dans l'anus ». Une dernière dit que l'homme qui (l'a) violée, « m'a pissé dessus et m'a obligée à avaler l'urine ». L'une dit que son violeur lui a imposé de lui « lécher les couilles et (d') avaler le sperme », l'autre que « deux hommes (lui) ont enfoncé une canule et de l'eau dans l'anus et (l') ont ensuite sodomisée », tandis qu'une troisième dit que l'homme qui l'a violée lui a « enfoncé (son) soutien gorge dans le vagin ».
L'une raconte : « Entre les sévices et les tortures, le maquereau me faisait embrasser une très grande croix qu'il portait au cou en me disant : “embrasse la mort” » ; la seconde décrit le viol : « Ils m'ont suivie, attachée, mis un collier étrangleur autour du cou et traitée de “chienne” », tout en (lui) disant : « Si tu parles, on fera la même chose à ta mère », la troisième dit : « Il était cagoulé, en treillis. Il m'a fait enlever ma chemise de nuit, m'a mis un godemiché entre les cuisses et m'a fait faire une fellation ».
L'une dit : « J'ai vu la mort de près », l'autre : « Aucune femme n'a vécu ce que j'ai vécu ».

Le mythe Nico Il semble que Nico avait 13 ans lorsqu'elle a été victime de la défaite allemande et du machisme. Aprés la seconde guerre mondiale, beaucoup d'enfants allemands ont été rongés par la haine d'eux mêmes. Il y eut beaucoup de courses au suicide. C'était courant pour les jeunes filles allemandes de paraitre le plus moche possible pour éviter le viol des soldats occupants. Il semble qu'elle a été dévorée par la culpabilité et l'absence d'estime d'elle même.
L'holocauste fut horrible. Les Juifs ont obtenu justice et réparation. Mais qu'en est il des jeunes filles mamans allemandes qui furent massacrées? Qu'en est il de leurs petits frères qui furent jettés sur le passage des tanks russes pour rigoler? La petite fille allemande qui fut violée par les libérateurs soviétiques? Les gens se moquaient d'elle et disaient: "tu as eu ce que tu méritais petite nazie sale boche!". Alors elle sombra dans la dépression. Elle trouva un refuge dans l'héroïne, tomba amoureuse d'un ancien soldat (Alain Delon), illusionnée par sa beauté aristocratique mais de lui elle eut seulement l'enfant, Ari. Et mourut seule et vide.

Culpabiliser la victime, mettre sa parole en doute, c'est la tuer une seconde fois. C'est malheureusement trop répandu. Pour éviter de finir à l'asile ou comme Nico, d'autres font le choix de se protéger en n'en parlant à personne.

# Posté le vendredi 29 septembre 2006 15:31

Modifié le dimanche 07 décembre 2008 22:18

4- Le vécu des violences

4- Le vécu des violences
L'une dit « ça fait mal. C'était la première fois », l'autre, violée par son parrain qui, depuis l'âge de 9 ans, lui introduisait son doigt dans le vagin dit : « ça me faisait très mal ». L'une a été « pétrifiée de peur », l'autre dit : « J'ai beaucoup souffert ».
Les autres se disent « souillée », « traumatisée », « bafouée », « disséquée comme un animal », « humiliée », « meurtrie », « anéantie », « détruite ».

L'une, enceinte de 3 mois et demi est « séropositive à la suite du viol ».

L'une dit : « Tout le monde voit que je suis salie ».
L'une « peut à peine parler », une autre « n'est pas capable de soutenir une conversation », une troisième a « besoin de parler, d'être rassurée ». Une dernière enfin a « envie de se faire materner ».

L'une décrit : « Ma tête, c'est pire que les images à la télé. ça défile. Je revois toutes ces horreurs », une autre est « perturbée par des flashs du visage du père ».
L'une rêve de « scènes violentes où elle est toujours visée », une autre « qu'elle vomit des parties sexuelles d'hommes ». Et une troisième qui découvre qu'il y a prescription « est révoltée de penser qu'il court toujours, qu'il a une belle vie, tandis qu'elle, elle reste avec ses cauchemars ».

L'une avait un ami, des amis, avant le viol. Elle n'a voulu en parler à personne, alors tout le monde l'a quittée : « Le non-dit a coupé les relations ».

L'une « ne sort plus, ne mange plus, ne dort plus », l'autre « n'a pas la force d'aller en cours, ne veut pas faire de projets », la troisième « ne travaille pas, n'a aucun désir, aucun projet ». L'une « a des difficultés scolaires », l'autre, qui a été violée par le veilleur de nuit de l'établissement, « est mauvaise élève et perturbatrice dans l'établissement scolaire », la troisième « ne veut plus aller au cours où elle risque de rencontrer le violeur ». La dernière a fait quatre fugues en deux ans.
L'une est « bloquée, murée », une seconde est « dans un état lamentable », une troisième, dans « un état de confusion psychologique », « s'est mise à boire ». Une dernière qui « a été dans le brouillard pendant quatre ans » est « malade depuis deux ans ».
Beaucoup « ne font que pleurer ».
L'une a « des évanouissements [et] est très fatiguée », l'autre a des « insomnies », la troisième des « vertiges », la quatrième, violée à 14 ans par son père « fait de l'anorexie depuis cet âge et a des aménorrhées ». La cinquième « vomit sans arrêt et a envie de se suicider », la sixième « qui n'en a jamais parlé à personne » a des « crises de boulimie depuis l'âge de 12 ans ».

L'une violée et sodomisée « a des hémorragies, tandis que ses hémorroïdes - qu'il a fallu ligaturer - sont ressorties ». Depuis [le viol] « elle ne va plus à la selle et a trois lavements par semaine ».

L'une « enfle de partout », l'autre a « rapetissé ».

L'une dit : « Je traîne encore des traces. Mais parfois les souvenirs remontent trop douloureux », une autre « hurle quand elle entend prononcer le mot viol », tandis que l'agresseur « donne envie de vomir » à une autre. Une troisième a « les doigts crispés dès qu'elle repense au viol, surtout à la pénétration ». L'une « voit du sang partout », l'autre n'a « plus de règles depuis un an ». L'une est « en état de vigilance continuelle, ce qui lui prend toute son énergie », une autre dit : « C'est comme si je n'avais que mon corps et que je n'avais pas de tête ». L'une se « sent agressée par tous les contacts tactiles ou verbaux et se sent entourée de dangers ».
L'une « se lave tout le temps et déteste son corps », une dernière « ne peut se regarder dans une glace ».
L'une « dort tout habillée pour se protéger », une autre « a mis des barreaux aux fenêtres ».
L'une ne « ne veut plus sortir le soir, même en taxi », une autre « ne peut plus prendre les transports en commun », une troisième a « mis sept mois à se réinstaller chez elle, une heure puis deux heures par jour ».

L'une « voudrait mourir », l'autre « se suicider », la troisième « a envie de se foutre en l'air à cause de cette saloperie », et que « si le procès se passe mal, elle se jette par la fenêtre », la quatrième constate : « Ces viols ont gâché mon existence ».
L'une a été traitée « d'allumeuse », la seconde de « garce », la troisième de « salope », la quatrième de « pute », la cinquième de « conne », la sixième de « folle » (pour avoir dénoncé les violences sexuelles sur sa petite fille de 3 ans par un voisin de 12 ans), la septième de « chienne » par celui qui l'a violée. Une autre a été immédiatement mise à la porte par ses parents « parce qu'elle a déshonoré la famille ». Une dernière en a simplement « marre des ragots ».
Une jeune fille parle à sa mère des violences sexuelles du grand-père. Elle a simplement dit : « Oh le salaud, le cochon ! ». « Et c'est tout » constate-t-elle.

# Posté le vendredi 29 septembre 2006 15:36

Modifié le vendredi 29 septembre 2006 22:44